Plov ouzbek servi dans un plat traditionnel

En Ouzbékistan, il y a un mot qui résume la vie, la fête, la générosité et l’identité nationale en quatre lettres : plov. Ce riz pilaf monumental, cuit dans un chaudron (kazan) fumant, est bien plus qu’un plat — c’est un rituel, un art et une fierté. Il est tellement central dans la culture ouzbèke qu’il a été inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2016.

Chaque mariage, chaque naissance, chaque réunion de famille tourne autour du plov. On dit qu’un bon cuisiner de plov (oshpaz) jouit d’un statut social comparable à celui d’un médecin. Et la question « quel est le meilleur plov ? » peut déclencher des débats passionnés entre Tachkent, Samarcande et Boukhara — chaque ville revendiquant la recette suprême.

Histoire du plov

Des origines anciennes

Le mot plov (ou palov, osh, pilaf) dérive du persan polow. L’histoire du riz pilaf remonte à l’Antiquité : on trouve des traces de plats similaires dans les textes persans et arabes du Xe siècle. Avicenne (Ibn Sina), le grand médecin né à Boukhara au Xe siècle, aurait prescrit le plov comme remède fortifiant.

Mais c’est en Ouzbékistan que le plov a atteint sa forme la plus aboutie et la plus ritualisée. La légende locale attribue l’invention du plat à un cuisinier de Tamerlan qui devait nourrir les armées du conquérant avec un plat unique, nourrissant, facile à préparer en grandes quantités et capable de tenir au corps pendant les longues marches.

Le plov aujourd’hui

En Ouzbékistan, le plov n’est pas un plat du quotidien qu’on prépare chez soi sur un coin de cuisinière. C’est un plat d’occasion, préparé par des hommes (les oshpaz) dans des kazans géants, souvent en plein air, pour des dizaines voire des centaines de convives.

Les occasions de plov sont innombrables :

Les variantes régionales

Le plov est un plat universel en Ouzbékistan, mais chaque région a développé sa propre version. Les différences portent sur la méthode de cuisson, le type de matière grasse, les épices et les garnitures.

Plov de Tachkent (Toshkent oshi)

Le plus répandu et le plus iconique. Le riz, la viande et les légumes cuisent ensemble dans le même kazan. Caractéristiques :

Plov de Samarcande (Samarqand oshi)

La version la plus élégante. Le riz et la viande sont cuits séparément, puis assemblés au moment de servir.

Plov de Boukhara (Buxoro oshi)

Plus riche et aromatique, influencé par la cuisine persane.

Autres variantes

VarianteRégionParticularité
To’yona plovNationalPlov de mariage, en quantités énormes
Suyak plovRuralAvec gros morceaux d’os à moelle
Kovurma plovFerganaViande rissolée à part
Baliq plovKarakalpakstanAvec du poisson (près de la mer d’Aral)
Buxoro tuxum plovBoukharaAvec des oeufs durs

La recette traditionnelle du plov ouzbek

Voici la recette du plov tachkentois classique, la version la plus accessible à reproduire chez soi. Pour 6-8 personnes.

Ingrédients

Matériel

Un kazan (chaudron en fonte à fond arrondi) est l’idéal. À défaut, une cocotte en fonte épaisse de 6-8 litres convient.

Préparation pas à pas

Étape 1 : Préparer les ingrédients

Étape 2 : Préparer le zirvak (base aromatique)

Le zirvak est l’âme du plov. C’est la base de viande, carottes et oignons qui donnera au riz sa couleur, son goût et son parfum.

  1. Faites chauffer l’huile dans le kazan jusqu’à ce qu’elle fume légèrement.
  2. Faites revenir les oignons jusqu’à ce qu’ils soient brun doré foncé (pas juste blonds — c’est la couleur qui teinte le riz).
  3. Ajoutez la viande et saisissez-la sur toutes les faces jusqu’à coloration.
  4. Ajoutez les carottes, remuez 5 minutes sans les écraser.
  5. Versez l’eau chaude (environ 1 litre) jusqu’à recouvrir les ingrédients de 2 cm.
  6. Ajoutez le cumin, la coriandre, l’épine-vinette, le sel et les pois chiches.
  7. Laissez mijoter à feu moyen pendant 40 minutes. Le zirvak doit réduire légèrement et être très parfumé.

Étape 3 : Cuire le riz

C’est l’étape décisive. Le secret est de ne jamais mélanger le riz avec le zirvak.

  1. Égouttez le riz et répartissez-le délicatement à la surface du zirvak, en couche uniforme.
  2. Enfoncez la tête d’ail entière (non pelée) au centre du riz.
  3. Versez de l’eau chaude par-dessus le riz, en filet le long d’une cuillère pour ne pas perturber les couches. L’eau doit dépasser le riz de 1-1,5 cm.
  4. Portez à ébullition vive à feu fort, sans couvrir.
  5. Quand l’eau commence à être absorbée en surface, baissez le feu au minimum.
  6. Avec le manche d’une cuillère en bois, percez 5-6 trous profonds dans le riz pour permettre à la vapeur de circuler.
  7. Couvrez hermétiquement et laissez cuire 25-30 minutes à feu très doux. Ne soulevez pas le couvercle.

Étape 4 : Servir

  1. Retirez la tête d’ail et réservez-la.
  2. Avec une grande écumoire, retournez délicatement le riz du fond vers la surface en mélangeant une seule fois, pour que les grains dorés du fond se mêlent aux grains plus clairs du dessus.
  3. Dressez sur un grand plat rond (lagan) : le riz d’abord, puis la viande par-dessus, la tête d’ail au sommet.
  4. Accompagnez de salade de tomates-oignons (achichik), de non (pain) et de thé vert.

Les erreurs à éviter

Où manger le meilleur plov en Ouzbékistan

Le Centre du Plov de Tachkent (Osh Markazi)

C’est le lieu mythique. Situé dans le quartier de Mirobod, cet immense espace à ciel ouvert aligne des dizaines de kazans géants (certains font 2 mètres de diamètre). Chaque matin, les oshpaz préparent des tonnes de plov servies à des milliers de personnes. L’ambiance est unique : fumée, odeurs de cumin, conversations animées.

À Samarcande

Le bazar Siab reste la référence. Les étals de plov ouvrent dès 7h du matin et ferment quand le chaudron est vide. La version samarcandaise, servie en couches séparées, mérite le détour.

À Boukhara

Les tchaïkhana des quartiers résidentiels, loin du centre touristique, servent le plov le plus authentique. Demandez conseil à votre guesthouse — les meilleures adresses ne sont pas dans les guides.

Le plov, bien plus qu’un plat

En Ouzbékistan, le plov incarne des valeurs profondes :

Quand vous goûterez votre premier plov en Ouzbékistan — les grains de riz dorés fondant sous la dent, la viande si tendre qu’elle se défait, le parfum de cumin qui emplit l’air —, vous comprendrez pourquoi ce plat est une déclaration d’amour à la vie.

Pour préparer votre voyage culinaire, consultez notre guide complet de l’Ouzbékistan 2026.